Je ne saurais expliquer exactement ce qui se passe en ce moment... mais, l'évasion se faisant évidence, je pense pouvoir tout de même y parvenir.
L'impression d'avoir toujours vécu une autre.
Je pose un regard sur ce qui semble avoir été ma vie.
Très vite, je remarque une énigme. Énigme parce que si l'être humain est un, une unité parmi d'autres, mais une unité malgré tout, ce n'est en fait pas le cas de l'enfant qui retient mon attention. Cette enfant a été blessée, elle a vécu ce que beaucoup d'autres n'auraient jamais eu la force de supporter, mais elle a toujours su trouver les ressources nécessaires à sa survie, tant physique que psychologique. Peut-être suis-je un monstre? Toujours est-il que j'ai appris à supporter et à oublier. Je me suis adaptée tant bien que mal.
Mais je me suis si bien adaptée qu'aujourd'hui je ne fais plus que ça... je ne suis plus une, je n'ai plus d'unité, je suis multiple. J'aborde différemment chaque personne, trouvant toujours la faille qui me permet de m'en emparer. Il n'y a aucun désir de manipulation, juste un besoin de possession et de maîtrise, et caché derrière ce mur dominateur se trouve un esprit incohérent que chacun voudrait croire brisé.
Je me laisse porter par des sentiments fictifs errant entre la réalité et les recoins obscurs de mon ennui. Cependant, je les maîtrise parfois si bien que j'arrive à en exploiter la force, une force totalement hors du commun et parfaitement utilisée. D'autre fois encore, je m'égare sans chercher à me raccrocher à quoi que ce soit, me laissant tomber dans des abîmes sans fin.
Évidemment on pensera tout de suite à une crise d'adolescence un peu tardive, à une petite instabilité mentale ou à une conséquence étrange d'un quelconque manque affectif... mais il ne s'agit de rien de tout ça.
Et il n'y a là aucune autre prétention que celle de la conscience : je ne renie rien et ne préfère rien, renfermant en moi chacun de mes multiples aspects.
Je suis moi, je suis la multitude.